On ne fait qu’une seule première impression. Pour une entreprise, elle se joue en grande partie pendant les premiers jours d’un nouveau collaborateur : la manière dont il est accueilli, ce qu’on lui raconte, les personnes qu’il rencontre. Beaucoup de recrues décident très tôt, parfois dès les premières semaines, si elles se projettent ou non dans leur nouveau poste.
La journée d’intégration est l’un des rares moments où l’entreprise maîtrise entièrement ce récit. Encore faut-il qu’elle ne se résume pas à une succession de présentations.
Ce qu’une journée d’intégration doit accomplir
Trois objectifs méritent d’être gardés en tête au moment de bâtir le programme :
- informer : donner les repères essentiels sur l’organisation, les métiers, les outils et les interlocuteurs ;
- relier : permettre aux nouveaux de se constituer un premier réseau, au-delà de leur propre équipe ;
- incarner : faire vivre concrètement les valeurs de l’entreprise, plutôt que de les énoncer.
La plupart des programmes remplissent correctement le premier objectif, moins bien le deuxième, et rarement le troisième.
Les pièges classiques
Le tunnel de diapositives
Six interventions de quarante minutes à la suite laissent peu de traces. L’essentiel de l’information pratique gagne à être transmis autrement : livret d’accueil, intranet, parrain ou marraine.
L’activité brise-glace déconnectée
Un quiz ou un jeu d’équipe détend l’atmosphère mais ne dit rien de l’entreprise. Les participants passent un bon moment, sans en retirer d’éclairage sur ce qui les attend.
Les valeurs affichées mais invisibles
Annoncer que l’entreprise est « engagée » ou « solidaire » sur un écran, puis enchaîner sur le règlement intérieur, crée un décalage que les nouvelles recrues perçoivent immédiatement.
Miser sur le faire-ensemble
Ce qui crée du lien, c’est une tâche commune dont le résultat compte. Des personnes qui ne se connaissaient pas le matin et qui ont cuisiné, construit ou résolu quelque chose ensemble repartent avec des prénoms, des anecdotes et des interlocuteurs dans d’autres services.
De plus en plus d’entreprises choisissent de donner à ce temps collectif une dimension solidaire. Le principe : après la présentation de l’entreprise, les nouveaux arrivants participent à un atelier mené avec une association, dont la production est remise à ses bénéficiaires. Le message passe sans discours : ici, l’engagement fait partie du travail.
L’exemple de la journée d’intégration engagée
C’est l’un des formats proposés par Lutila, agence spécialisée dans les événements d’entreprise solidaires et écoresponsables. Sa journée d’intégration engagée est conçue pour s’enchaîner naturellement avec la présentation de l’entreprise, sur une demi-journée ou une journée, pour des promotions de 10 à 300 personnes, dans un lieu partenaire ou directement sur site.
Plusieurs grandes entreprises ont adopté la formule. Au sein du groupe Bayard, un atelier organisé au profit d’étudiants en situation de précarité a permis aux nouveaux collaborateurs de tisser des liens autour des valeurs de solidarité et d’inclusion portées par l’entreprise. Chez Crédit Agricole Technology Services, l’atelier solidaire a été intégré à la session d’accueil des nouvelles recrues, en soutien à une association partenaire.
L’intérêt du format tient à sa simplicité pour l’employeur : l’agence se charge de la conception, du choix de l’association et de l’activité, du matériel et de l’animation. L’équipe RH se concentre sur ses propres messages.
Construire le programme : un déroulé type
- Accueil autour d’un café, avec un temps informel pour faire connaissance.
- Mot de la direction : court, incarné, centré sur le projet de l’entreprise.
- Présentation de l’organisation et des métiers, sous une forme interactive.
- Déjeuner partagé, idéalement avec des collaborateurs plus anciens.
- Atelier collectif de deux à trois heures, en équipes mélangées.
- Restitution : ce qui a été produit, pour qui, et ce que chacun en retient.
Et après le premier jour ?
La journée d’intégration n’est qu’un point de départ. Elle porte ses fruits lorsqu’elle s’inscrit dans un parcours : un parrain ou une marraine identifié, un point d’étape après un mois, puis un rapport d’étonnement après trois mois. Les liens créés pendant l’atelier se prolongent d’eux-mêmes si l’on donne à la promotion l’occasion de se retrouver.
Une intégration réussie ne se mesure pas au nombre d’informations transmises, mais à ce que le nouveau collaborateur raconte le soir même à ses proches. S’il parle de ce qu’il a fait, et avec qui, plutôt que de ce qu’on lui a projeté, le pari est gagné.
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